Transsibérien: Description, vie à bord et conseils

J’ai voulu consacrer un article uniquement sur le Transsibérien pour plusieurs raisons. La première est que la longueur du trajet effectué, l’immensité de ce qui nous entoure, le temps passé à l’intérieur, sont des éléments qui justifient à eux seul l’écriture d’un article, tant la démesure est grande! La deuxième raison est que c’est une des voies les plus connues et pourtant peu savent vraiment ce qu’il en est sans l’avoir emprunté. J’ai lu beaucoup de questions sur les forums à son propos avec des commentaires pas toujours exacts.  Je vais donc essayer de vous traduire le mieux possible comment j’ai vécu ces heures, ces jours passés tout au long de cette mythique voie ferrée. J’en profiterai ensuite pour donner quelques conseils à ceux qui seraient intéressés par l’aventure, des astuces que j’ai lu, qu’on m’a partagé ou que j’ai remarqué.

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Le départ pour moi s’est effectué à Moscou, j’avais déjà pris un train de nuit auparavant de Saint-Pétersbourg à Moscou. Je n’ai pas effectué tout le trajet d’une traite, je m’imaginais mal ne pas m’arrêter pour faire des pauses mais aussi surtout pour visiter et découvrir différents coin de cet immense pays qu’est la Russie. Ainsi sur les 5640km que j’ai effectué entre Moscou et Oulan Oude, j’ai fait escale à Kazan (après 812km et 12h de trajet), Iekaterinbourg (encore 1000km et 14h20), Novossibirsk (1522km et 23h15), Irkoutsk (1849km et 28h30) et Oulan Oude (456km et 8h). Pour rejoindre Vladivostok il m’aurait encore fallu parcourir 3647km pour un total de 9288km. La distance évolue aussi en fonction des voie empruntées, en effet plusieurs voies forment « l’ensemble Transsibérien ».

Le temps passé est très important d’une part parce-que le train roule entre 60 et 70 km/h, et d’autre part parce-qu’il effectue de nombreux arrêts, la plupart de 2min, mais pouvant aller jusqu’à 45min. Cela dit les longues pauses sont souvent appréciées car elles permettent de prendre un peu l’air d’acheter boissons et nourriture dans les boutiques pour la première partie du voyage, puis plutôt dans les petites étales le long du quai.

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Au niveau des wagons, on distingue en premier lieu les 1ères classes, composées en plusieurs pièces fermées avec deux lits. Je ne vous en dirait pas plus parce-que je ne les ai pas fréquenté. J’ai eu l’occasion de voyager deux fois en 2ème classes, entre SPb et Moscou, puis entre Kazan et Iekaterinbourg, faute d’avoir trouvé des billets en 3ème classe. Elles se composent en chambres fermées aussi, mais avec quatre lits soient deux superposés avec une petite table. Les 3èmes classes ou Platskarts, que j’ai fréquenté le reste du temps, sont de véritables dortoirs avec une rangée de plus qu’en 2ème le long du couloir. Les lits sont plus petits, le confort beaucoup plus spartiate, mais les prix deux fois moins chers! Enfin, il existe de temps à autres une quatrième classe, que des sièges; d’après un ami l’ayant utilisé, ce sont surtout des immigrés d’Asie centrale qui s’en servent, les conditions de vie à l’intérieur y sont vraiment difficiles. Ici je parlerai du voyage en 3ème, le plus intéressant à mes yeux.

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Il faut savoir qu’il existe plusieurs types de 3èmes classe, plus ou moins vieilles et donc plus ou moins confortables. Les prix varient donc en fonction du train que vous choisissez.

Pour ceux qui s’imaginent un train incroyable avec quelque chose de spécial, je les arrête tout de suite, le train est tout ce qu’il y a de plus simple (même encore plus!). La magie ne réside pas dans le train lui-même mais plutôt dans l’atmosphère qui y règne. Il m’a fallu un peu de temps pour « m’adapter », mais petit à petit le temps semble progressivement s’arrêter. Imaginez-vous passer des heures, des jours entiers dans un train. « Bonjour l’ennui! » Et bien pas du tout! Le temps se dérègle, la preuve: on change 5 fois de fuseaux horaires entre  Moscou et Oulan Oude! On a l’impression que tout notre corps se met au ralenti, on prend le temps d’observer, de partager, d’admirer, on prend le temps de ne rien faire!

Si bien qu’au bout d’un moment, on a juste l’impression de vivre une pause, que le train ne bouge plus mais que c’est désormais le paysage qui défile. Ce paysage, à perte de vue, tout est immense: le temps comme la nature qui nous entoure. Des forêts à perte de vue, puis des prairies, inlassable répétition de tableaux entrecoupés de petits villages qui sortent de nulle part. Certains diront que c’est toujours la même chose; il n’auront pas tord, quoiqu’après Novossibirsk le paysage se vallonne et les boulots sont petits à petits accompagnés par des pins. Mais cette répétition n’a rien d’ennuyant, notre regard se porte sur le moindre détail, on s’imagine l’immensité de cette Sibérie qui se prolonge sur des milliers de kilomètres.

Et nous, on se retrouve dans notre petit wagon, tous entassés, obligés de vivre ensemble le temps du trajet. Pas besoin de parler la même langue, on essaye mais souvent la barrière prend le dessus. On communique donc différemment, comme on peut, et à force de passer du temps ensemble, on se comprend mieux. On nous décrit souvent le voyage en 3ème classe comme une grande fête où la vodka coule à flot; certes, on a toujours un ou deux bourrés qui sympathisent avec leur bouteille pour que le trajet passe plus vite, mais la plupart du temps ce ne sont que des familles.

J’ai rencontré des français qui ont côtoyé la vodka pendant leur trajet, mais c’est parce-qu’ils ont passé tout leur temps au wagon bar! Quant à moi, je devais faire de la peine seul avec mon pain, mes biscuits et mes légumes, acheté avant de prendre le train; j’ai finalement toujours très bien mangé, on m’a toujours offert le repas, payé des cafés, offert même des cadeau et des bonbons.

La gentillesse des russes en est gênante. Au premier abord, ils paraissent toujours méfiants, voire pas aimables envers celui qui arrive sans parler leur langue. Il suffit juste de vous présenter, expliquer ce que vous faites ici et ils vous ouvrent leur porte, le bougre inaccessible se transforme en une connaissance presque paternelle, toujours prêt à vous rendre service. C’est assez déstabilisant. Il en aurait été peut-être autrement si je n’avais pas été seul. J’ai rencontré un couple de français qui m’ont confié qu’ils s’étaient retrouvé un peu seuls dans leur coin. Ils ont cependant été les seuls à tenir ce discours parmi les dizaines de voyageurs croisés sur ma route.

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Conseils aux voyageurs:

Réservations

– Ceci s’adresse à tous les prévoyants: vous allez payer cher! J’ai comparé le prix proposés sur les sites français avec le prix que j’ai payé, c’est globalement 10 fois plus cher si vous prenez vos billets à l’avance en France. Prenez les donc sur place, il y a souvent des trains qui partent. J’ai payé 246,5€ entre Moscou et Oulan Oude.. Et encore, la deuxième classe entre Kazan et Iekaterinbourg m’a coûté deux fois plus cher qu’en 3ème soir 65€ au lieu de 33€. Cela s’explique par la commission que prennent les agences, et les billets qu’elles proposent: en effet, pas de 3ème classe disponibles avec elles. J’ai pris mes billets 6 jours à l’avance (2jours à l’avance pour Irkoutsk-Oulan Oude). Pensez à prendre les billets sur le site des trains russes ( http://www.rzd.ru/ ) et demandez à un russe de vous aider. Je crois que vous pouvez aussi le traduire en anglais. Sinon sur http://www.seat61.com/Trans-Siberian.htm vous trouverez une version en anglais.

– Pensez à faire des étapes, il y a tellement de belles choses à voir que ce serait du gâchis de vouloir faire le trajet en une fois, juste pour dire: j’y étais! Si vous avez moins de temps, faites en moins, oubliez le rituel transsibérien – Oulan Bator – Pékin, c’est dommage d’avoir à courir pour ne pas en profiter.

Allez en 3ème classe. En 2ème, vous allez vous retrouvez avec beaucoup de touristes et les chambres sont fermées donc vous rencontrez moins de monde. En 3ème, vous serez forcément avec des locaux, ça a beaucoup plus de charme!

Vous n’êtes obligé d’acheter le linge lorsque vous prenez vos billets. SI vous avez vos propres affaires de couchage, vous économiserez quelques euros à chaque fois. De toutes façon, vous aurez toujours accès aux matelas et coussin. A ce moment là, pensez à refuser si on vous en propose, les hôtesses vérifient toujours plus tard et vous demanderont de payer si vous avez ouvert le sac.

Choix des couchettes

Evitez les couchettes le long du couloir, et celles près des toilettes: plus de passage et moins de place pour dormir.

– Pour choisir entre couchettes du haut ou du bas, plusieurs arguments entre en jeu:

> en bas: Il paraît que les couchettes bougent moins (j’en mettrai pas ma main au feu). vous pouvez tenir assis sans problème et vous n’avez pas l’inconvénient de devoir vous hisser dans votre petite couchette du haut où la place en hauteur est vraiment restreinte.

> en haut: vous n’avez pas l’inconvénient des gens qui veulent s’assoir. Quand vous êtes en bas, vous devez des fois restés assis car ceux du haut veulent s’assoir aussi. Si vous êtes grands, il vaut mieux avoir les pieds qui dépassent en haut qu’en bas (beaucoup moins gênant pour tout le monde)

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Personnellement, je préfère être en haut, on est plus tranquille.

Horaires

– Le plus important à savoir, mais c’est un des éléments qu’on apprend en premier, les horaires des trains sont toujours à l’heure de Moscou. J’ai, par exemple, un train qui part d’Irkoutsk à 15h20, je dois rajouter les 5h de décalage et part ainsi à 00h20 où je suis.

Il faut savoir que le train est ultra ponctuel. A la minute près! C’est d’ailleurs assez impressionnant!

Essayez de prendre un maximum de nuits en train dans vos calculs d’horaires, pour éviter d’avoir à payer des hôtels en plus. Faites des économies!

– Pour savoir quels sont les différents arrêts, rendez-vous à l’avant du wagon, il y a toujours un panneau où sont écrit les différentes villes, les heures, les distances et le temps d’arrêt.

Vie à bord

Présentez-vous à vos voisins de dortoir! Vous verrez que tout sera différent ensuite.

Des prises de courant sont disponibles à l’avant et à l’arrière du wagon. A l’arrière, vous pourrez brancher vos appareils et vous assoir.

– Pensez à prendre de la nourriture et de l’eau avant d’entrer dans le train, ou faire le plein sur les quais. La nourriture est beaucoup plus cher à l’intérieur. Prenez en même un peu plus pour partager! Il faut aussi souvent chaud, pas d’air conditionné donc on a vite soif!

Prenez de la lecture, je me suis surpris à lire un bouquin sur le Transsibérien alors que je n’avais pas lu un livre depuis le bac de français!

– Pensez aussi à régler l’heure. Les fuseaux horaires changent souvent.

– Pensez à prendre des bouchons d’oreilles. Le train est parfois bruyant et vous pouvez avoir le privilège d’assister à des symphonies improvisées de ronflements!

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage!

13 réponses à “Transsibérien: Description, vie à bord et conseils

  1. Excellent article merci pour les infos, en effet ca donne envie de partir. Alors la vodka des locaux est elle meilleure que chez nous?

    • Disons qu’ici la vodka se boit pure puis on mange un bout de pain et un morceau de poisson ou de cornichon. Ca change de notre vodka-pomme ! Mais ça passe, c’est pas si fort, juste un peu dur à boire quand on te propose le verre en plein milieu de l’après-midi alors qu’il fait 30°C…

  2. Oh, la, la, quel excellent « reportage » sur ce train mytique, source de rencontres, de découvertes, de sensations, propice au ressourcement et à la méditation !… Bon dépaysement pour nous, pauvre quidam, pas en vacances et en pleine canicule. Mon mari, Antoine, passionné par ce train suit le périple de Kévin…

    • J’ai mis un lien pour suivre mon itinéraire sur la sidebar de gauche: « Pour suivre ma route, c’est par ici! ».

  3. Le recit de Kévin sur le transsibérien, m’incite à ce petit commentaire au retour de ma petite fille et d’un membre de la famille après 15 jours passés en Inde. Ils ont pris le train entre Bophal et le radhjastan . Durée du voyage 24 heures… confort aussi spartiate que celui du Transsibérien….dortoir dans le wagon…. wagon en bois. Onde de choc pour une gamine de 14 ans !

  4. Plus de billets de platzkart (3eme classe) pour le train qui vous intéresse ? Vous pouvez tenter de monter quand meme dans le train en demandant aux « provodnitsa » (responsables de wagon) et en négoçiant la somme à payer. Réservez plutot ça pour un trajet de nuit car il vaut mieux ne pas se faire controler par le chef de train…

  5. On a fait Irkutsk-Oula Oude en seconde (et seuls) de nuit en payant le prix de la 3eme (un poil moins meme)

  6. Pour une amie qui projette cette aventure, seule (et senior)..
    Je lui ai envoyé cet excellent reportage
    Y’a t’il des wagons isolés hommes femmes?
    Est il autorisé de fumer dans le train?

    • Bonjour Vincent et merci pour votre commentaire!
      A ma connaissance, les wagons sont mixtes. Je ne pense pas qu’il y ait de problème d’insécurité, en tous cas je ne me suis pas senti en danger, au contraire! Et puis je ne pense pas qu’ennuyer quelqu’un en vaille la peine en Russie, les autorités n’ont pas l’air de trop rigoler! Mais peut-être que le plus simple serait de dormir en 3ème classe ou tout est ouvert et non pas en chambres de 4 lits fermés que l’on trouve en 2ème classe. Mais les sanitaires sont peut-être de meilleure qualité en 2nde. Mais sans certitude.
      Il est possible de fumer dans les compartiments entre les wagons.
      Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas!

    • Merci
      J’ai transféré votre réponse
      Nous n’hésiterons pas pour d’autres questions si nécessaire
      Bien cordialement

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